Témoignages d'experts


Jacques Jesson

Maire

Saint-Martin-sur-le-Pré (51)

« La mairie porte un peu moins d’une dizaine d’événements par an en propre. Nous avons mis en place l’association Animons Saint-Martin en 2008 ; elle fédère toutes les autres associations culturelles et veille à les accompagner sur l’aspect organisationnel et technique. Cela traduisait un besoin de créer des cohérences et d’être plus efficaces.

Au-delà de la tendance actuelle qui met l’emphase sur l’écologie, à Saint-Martin-sur-le-Pré, nous considérons que c’est une obligation. Lors de chaque manifestation, nous sommes attentifs à la production de déchets : nous avons recours aux verres consignés, des corbeilles sont mises à disposition pour pré-trier les déchets – ce qui facilite grandement la collecte – et il y a un travail de sensibilisation systématique effectué auprès des publics. Nous favorisons également les éclairages LED, cela réduit également nos coûts de fonctionnement. À l’heure de la Covid, nul ne peut ignorer que nous avons un impact sur l’environnement. Il ne faut pas attendre que les choses se fassent toutes seules. En tant que mairie, nous avons un devoir d’exemplarité. Nous observons d’ailleurs que les opérations mises en place sur les événements culturels font évoluer le regard et les comportements des habitants, c’est important.

S’agissant de l’accueil des personnes à mobilité réduite, il faut faire appel au bon sens. Nous avons une salle de plain-pied et des sanitaires confortables qui nous permettent de les accueillir dans de bonnes conditions. Je considère en revanche que l’on peut respecter scrupuleusement la réglementation et avoir des équipements qui ne sont pas bien pensés. Je me suis donc appuyé sur une personne handicapée qui a pu nous éclairer sur son expérience, nous donner un autre point de vue et nous rendre attentifs à certains détails : les déplacements, les poignées, le confort surtout.

Nous entretenons de très bonnes relations avec la préfecture. Pour chaque manifestation, nous prévenons systématiquement le commissariat de police et les pompiers s’il y a lieu. Au fil du temps, nous avons instauré des automatismes : anticiper et bien communiquer auprès des services concernés, c’est toujours plus agréable pour tout le monde. »

Sylvie Provin

Présidente de l’association Artitude 10 (festival La Ronde de Feux)

Chaource (10)

« L’association Artitude 10 organise le festival La Ronde des Feux depuis 2001. Il fait la part belle au travail de la céramique, du bois et à la vannerie. C’est un festival d’arts visuels, de métiers d’art, de spectacle vivant, de concerts et d’arts de la rue, en plein air. La particularité c’est que 25 fours à bois sont allumés sur le site pour montrer au public le travail des céramistes, un périmètre de sécurité est tracé tour pour que le public ne s’en approche pas.

Depuis huit ans, nous avons mis en place un plan d’action/prévention qui est porté par une équipe, les Lutins Potiers. Ce groupe est coordonné par un éducateur, composé de professionnels et de bénévoles du festival. Ils se promènent sur le festival et vont à la rencontre du public dans un objectif d’aide et d’accueil. Ils sont formés pour désamorcer des situations délicates – personnes en état d’ivresse ou petit conflit par exemple. Nous avons un espace chill out ainsi qu’un espace de prévention qui est matérialisé sur le site du festival. Nous y distribuons des flyers et du matériel – c’est un véritable lieu d’échanges. Nous avons également un espace qui nous permet d’accueillir les personnes en difficulté. Une équipe d’une quarantaine de jeunes accueille les festivaliers sur le parking pour les aider à se garer et les guider. Nous avons bien sûr des agents SSIAP et de la Croix-Rouge. Toutes les équipes sont systématiquement en lien, l’information circule de sorte que si un problème émerge, il est rapidement pris en charge, soit par nos bénévoles, soit par l’équipe des Lutiens Potiers, soit par nos agents de sécurité. Avant de faire intervenir les agents, si c’est possible, on fera toujours intervenir nos bénévoles. Pour nous, il s’agit de favoriser l’humain et le dialogue. Car ce qui compte avant tout, c’est le bien-être et la sérénité. Nous organisons les plannings pour que chacun puisse souffler et profiter du festival.

Notre démarche de prévention fait aujourd’hui des petits. LL’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) a repris quelques idées qu’elle souhaite implanter dans d’autres festivals.
Ce projet d’action/prévention a été très important dans l’évolution du festival. Il a permis beaucoup d’échanges autour du festival, notamment auprès de la gendarmerie qui peut témoigner de notre engagement et de notre sérieux. À chaque fin de festival, nous organisons un débriefing pour situer les problématiques et les améliorer sur l’édition suivante.

Nous travaillons avec le Département de l’Aube et le service aménagement du territoire qui nous permet de mettre en place un arrêté concernant la circulation. De nombreux véhicules arrivent autour de notre site. Il s’agit aussi de communiquer auprès de la population car 6 à 7 000 personnes qui arrivent, cela peut surprendre. Tout cela encourage la tolérance et l’acceptation. Ces actions sont fidèles aux valeurs du festival. »

Florent Prévoteaux

Directeur technique du Centre Culturel André Malraux, scène nationale

Vandœuvre-lès-Nancy (54)

« Le Centre Culturel André Malraux est un ERP de type L (salles à usage d’auditions, de conférences, de réunions, de spectacles, ndlr), avec des activités de type N et Y, donc restaurants, débits de boisson et musée. C’est également un bâtiment de 3e catégorie qui peut donc recevoir entre 301 et 700 personnes. À l’ouverture du bâtiment qui a été rénové en 2007, la commission de sécurité a validé une jauge de 606 personnes au total.
La jauge est calculée par rapport au dégagement, un genre de couloir virtuel dans lequel on imagine une évacuation d’urgence du public. Pour une porte de 90 ou de 140 centimètres de largeur, il faut trois unités de passage qui équivalent à 1m80. En fonction de la largeur et du nombre de dégagements, on calcule l’effectif : trois personnes au mètre carré. Tout ça est régi par le code des ERP.

Tous les deux ans, la commission de sécurité passe pour vérifier la sécurité du bâtiment. Lorsqu’on est un ERP, il y a des vérifications obligatoires périodiques : l’élevage est vérifié deux fois par an, l’électricité une fois par an et la protection incendie, une fois par an.

Aujourd’hui mon métier a changé car les contraintes ont changé, que ce soit avec le terrorisme ou cette année, la Covid-19 qui a un sérieux impact sur nos jauges (le CCAM est désormais à 59% de son remplissage, ndlr) et sur la circulation des publics. Depuis quelques années, on acquiert des compétences sur ces questions sur lesquelles nous ne sommes pas formés. C’est le propre du spectacle vivant : on s’adapte constamment.

En plus de ces circonstances, nous veillons à ce que les salariés soient formés, notamment lorsqu’ils doivent travailler en hauteur ou effectuer des travaux électriques. Le travail au plateau requiert par ailleurs des compétences particulières. Nous organisons des formations en commun sur tout ce qui concerne les incendies.

S’agissant des artistes que nous recevons, ils sont salariés par les compagnies. C’est toujours l’employeur qui porte les responsabilités. On ne demandera jamais à un artiste de monter des lumières ou des artifices, en dehors de ça, la sécurité est la même que pour chacun de nos salariés. »

Jean-Luc Deparis

Responsable technique des équipements de la communauté de communes et président de l’association 9 Bris’art

Communauté de communes Pays Rhin-Brisach (68)

« J’interviens dans beaucoup de salles sur la communauté de communes, cela peut être des églises, des salles des fêtes ou des halls des sports. En général, c’est la communauté de communes qui se charge des demandes d’autorisation concernant les salles. L’équipe dépêchée sur place s’occupe de la technique : monter les structures, s’assurer que les règles de sécurité sont bien respectées. Je me suis entouré de gens comme moi, qui sont là pour aider mais dont ce n’est pas forcément le métier : chacun apporte ses savoirs. Je crois que le secret lorsqu’on travaille de cette manière, c’est de s’entourer de gens très différents qui sont complémentaires.
Ensuite, il faut faire appel aux bonnes personnes au bon moment. Nous travaillons donc avec des professionnels qui savent très bien que nous maîtrisons nos salles, nos espaces et nos équipements. Ils sont donc très l’écoute, autant que nous le sommes car ils ont des compétences et savoir-faire que nous n’avons pas. C’est véritablement un échange.

Lorsqu’on prépare une salle qui n’est pas forcément prévue pour accueillir des spectacles, il s’agit d’être d’autant plus vigilants et surtout, d’anticiper le matériel dont nous aurons besoin. Dans ce cas, nous nous tournons vers les parcs de location de matériel de l’Agence mais aussi vers des loueurs privés – comme je les connais tous très bien, je sais vers qui je dois me tourner pour avoir les bonnes consignes. Si on ne cherche pas les conseils, on peut très vite faire des choses qui ne se font pas…
Au fur et à mesure du temps, nous avons pu déterminer de quel matériel nous avions besoin, et ce, de manière pérenne. Aujourd’hui par exemple, un coffret électrique dont nous avions besoin à Neuf-Brisach pour le marché de Noël a été acheté et est mutualisé avec les autres communes car nous avons compris que cet outil-là était nécessaire à plusieurs endroits. Les choses se font petit à petit.

Ce que je retiens surtout, c’est que la cohésion et la coordination sont très importantes. Ces installations nous remettent toujours en question. Il faut être attentifs, et surtout, ne jamais se dépêcher, prendre le temps qu’il faut. »

Nicolas Gollé

Chargé de production et d’administration du festival Décibulles

Neuve-Église (67)

« Au sein de l’association Décibulles, on compte 130 membres et 850 bénévoles. Jusqu’à récemment, les questions de sécurité au travail se géraient de manière intuitive. Les membres encadrants de l’association sont des gens qui sont bricoleurs ; ils ont chacun leur expérience qu’ils apportent pour améliorer nos dispositifs. En 2018, nous nous sommes penchés sur le document unique, un document obligatoire qui engage la responsabilité pénale du responsable légal de la structure. Il fallait nous doter de cet outil pour davantage structurer la sécurité.

Pour établir ce document, il faut répertorier les risques inhérents à chaque métier, à chaque activité. Or, sur un festival, on peut avoir une cinquantaine de métiers différents... Au départ, je me suis appuyé sur Odalie, un outil d’aide pour les professionnels du spectacle vivant développé par le CMB. Ils ont mis en ligne un outil pour nous accompagner dans la rédaction du document unique. Mais au final, les besoins d’un festival sont si particuliers qu’il nous a fallu partir de zéro.

Pour prévenir les risques, il y a un travail énorme. Ils peuvent provenir des activités de restauration, des chutes d’objets, des chutes de personnels, de l’accroche en hauteur, de l’écrasement de pieds par un véhicule ou une charge, du son, de l’électricité, de la lumière, du montage et du démontage des structures, etc. Il faut d’abord discuter entre salariés, reprendre les risques un à un, évaluer ensemble les préconisations et voir si elles correspondent aux réalités du terrain, en discuter avec les responsables, communiquer ces risques aux salariés, aux bénévoles, aux fournisseurs, aux prestataires… Il peut aussi arriver que les tourneurs et les artistes nous demandent à avoir accès au document unique pour avoir une idée des risques.

Nous mettons le document unique à jour chaque année. L’avantage, c’est que nous l’avons édité sur Excel et avons créé des onglets pour chaque famille de métiers, cela permet d’être plus efficaces chaque année. Travailler sur ce document nous a également permis de prendre du recul par rapport à nos activités. »

Boris Montaye

Directeur technique de La Comète, scène nationale

Châlons-en-Champagne (51)

À La Comète, nous disposons de deux salles pour les représentations, répétitions et expositions (entre 300 et 750 places au total), d’une salle circulaire en dur dédiée au cirque, et d’une salle de cinéma classée Art et Essai de 150 places. Nous accueillons du théâtre, de la danse contemporaine, du cirque et des concerts pour une ouverture quasiment quotidienne.

J’ai pris mon poste début février 2020, une grande partie de mon travail a donc été de me concentrer sur la question sanitaire. J’ai également réécrit le protocole sécurité. Cela m’a permis de me familiariser avec tous les acteurs et de prendre conscience de complexités qui concernent le droit du travail, la santé et la sécurité au travail. On touche là aussi bien à l’aménagement des postes de travail qu’à leur ergonomie. De cette manière, j’ai aussi récupéré la mémoire du lieu. En 2016, le dernier document unique a été édité et n’a jamais été mis à jour. Je suis donc en plein travail pour le construire car depuis, le personnel a changé, les postes ont changé. J’organise des entretiens individuels avec chaque salarié pour construire les fiches de poste, organiser le plan de formation et prévoir les autorisations nécessaires pour le travail en nacelle ou les perches motorisées par exemple. Sur une salle comme la nôtre, la programmation est très dense et j’organise les plannings en réduisant la voilure. Les risques se situent aussi là, lorsque le temps de travail est intense.

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